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Il
est tentant de penser que le premier homme du monde
qui mélangea deux boissons est l'inventeur
du cocktail. Ce premier homme avait certainement rehaussé
la fadeur d'une eau de source grâce à
la sève d'une tige ou aux sucs d'un fruit.
Les Gaulois
qui consommaient du vin additionné de miel,
inventant de ce fait l'hydromel, pourraient être
considérés comme les pionniers de nos
barmen. Les pirates caraïbes qui faisaient macérer
des racines dans leur rhum, les mineurs indiens de
la cordillère des Andes qui écrasaient
de la poudre de dynamite dans leur aguardiente obéissaient
à ce même instinct qui pousse les hommes
à rechercher des saveurs et des sensations
nouvelles. De tous temps, en tous lieux, des esprits
inventifs ont dû concocter des breuvages étranges
ou raffinés, douceâtres ou violents,
et que l'on peut sans vergogne baptiser cocktails.
Las ! Si
aujourd'hui le bébé porte un nom, les
origines de son patronyme semblent bien nébuleuses.
"Cocktail" : le mot sonne bon les berges
de la Tamise ou les rives de l'Hudson et portant son
étymologie anglo-saxonne n'est pas réellement
prouvée. Certains auteurs chauvins préfèrent
le rapprocher du mot "coquetèle"
qui désignait par le passé une boisson
charentaise qui allait devenir le pineau. D'autres,
tout aussi cocardiers, y voient la déformation
par les palais de esclaves noirs de La Nouvelle Orléans
du mot "coquetier", récipient dans
lequel on aurait servi les premiers "cocktails".Certains
phylosophes farfelus vont jusqu'à imaginer
dans ce mot l'altération de "Xochitl",
nom d'une prétendue princesse aztèque,
créatrice de fabuleux breuvages.
L'écrivain
James Fenimore Cooper, auteur du Dernier des Mohicans,
attribue l'invention à une tavernière
de Virginie qui, pour se venger de son voisin, pluma
son coq et servit à ses clients des verres
d'alcool joliment décorés de la parure
du malheureux gallinacé. Les boissons, agrémentées
de queues de coq, étaient devenues des "cock's
tails" ! Pourtant, l'explication la plus crédible
est aussi la plus simple : le terme de "cocktail",
"queue de coq", serait une allusion aux
couleurs multiples et chatoyantes que prennent les
mélanges d'alcools et qui évoqueraient
le plumage d'un coq ou d'un faisan.
Qu'importe
? Si l'origine du cocktail est controversée,
le plaisir que procure sa dégustation ne l'est
jamais. Bien au contraire, les cocktails réunissent
tous les suffrages, pour peu qu'on sache les préparer
avec le savoir, la technique et le goût nécessaires.
Le goût est affaire intime et chacun pourra
toujours, selon sa culture, son talent, son humeur
et sa sensibilité, apporter sa touche personnelle
à tel ou tel cocktail.
En revanche
le savoir et la technique s'acquièrent par
l'expérience et par la lecture d'ouvrages spécialisés....
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